Hirsute, les expressions libres et énervées

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 mon conseiller monstro-bancaire

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schmitti



Nombre de messages : 3
Date d'inscription : 15/05/2008

MessageSujet: mon conseiller monstro-bancaire   Jeu 15 Mai - 19:38

Mon petit frère me tend le combiné du téléphone qui vient de sonner. A mon regard interrogatif, il répond par une moue dubitative qui signifie qu’il ne sait pas qui m’appelle. J’ai le pressentiment que ce coup fil ne présage rien de bon. Pourquoi ? Impossible de le définir précisément ; même si quelques indices, comme l’heure matinale ou le fait que l’on m’appelle sur le téléphone fixe plutôt que sur mon portable, me laissent supposer qu’il s’agit d’une personne que je ne connais pas. Mais je suis persuadé que vous aussi vous avez déjà ressentie ce vague sentiment juste avant qu’un importun ne commence à vous enquiquiner ; que ce soit lorsqu’un hurluberlu se dirige manifestement vers vous dans la rue ; où bien quand vous ne connaissez pas le monsieur, mallette à la main, qui se tient à votre porte ; ou encore au moment où, on vous tend le téléphone en haussant les épaules et en vous regardant avec les yeux tout ronds et, la lèvre inférieur déformé par une grimace perplexe. Ne soyons pas pessimistes. Je réponds :
- Allo, bonjour.
Mon interlocuteur me répond calmement, distinctement et à priori il connaît bien son boniment :
- Bonjour, Monsieur S. Je me présente, Oscar Fangeux, je suis conseiller bancaire à votre agence locale du crédit A. J’ai étudié votre dossier et j’ai constaté que vous êtes bénéficiaire d’un PEL qui est récemment arrivé à terme. Concernant ce PEL j’aimerais vous conseiller d’autres placements qui seraient beaucoup plus avantageux pour vous.
Ma mère m’a mis en garde à propos d’une imminente attaque de requin banquier dirigé vers ce fameux PEL. Alors, je réponds tranquillement à monsieur Fangeux :
- Je connais bien la situation de ce PEL, je me suis renseigné sur les autres placements possibles et je ne veux pas changer quoi que ce soit.
Bien sur ce n’est pas vrai. Mais je suis assez content de ma réponse et j’espère bien pouvoir me sortir des griffes de ce prédateur. C’était sans compter sur son pouvoir de persuasion lorsqu’il me relance en me prenant presque par les sentiments :
- Monsieur Schmitt, il parait évident que vos placements actuels ne sont pas les plus intéressants, vous perdez de l’argent. Si prochainement vous êtes libre, je me ferais un plaisir de vous exposer cela précisément. De plus, ayant été nommé récemment dans cette agence, je n’ai pas eu l’opportunité de vous rencontrer. Ce serait une bonne occasion, connaître mes clients me permet de servir au mieux leurs intérêts.
Je suis extrêmement sceptique, mais je suis aussi trop gentil, pour ne surtout pas dire pusillanime. Après tout ce type ne fait que son boulot et justement en ce moment je suis particulièrement libre et je me convaincs presque que d’aller rendre une petite visite à mon banquier, qui veut servir au mieux mes intérêts, est une occupation comme une autre, surtout pour moi, qui aie grand besoin de combler un peu mon temps trop libre. Rendez vous est donc fixé pour le lendemain matin.
Je me rends sereinement à l’agence bancaire, en me persuadant que je ne suis pas en train de nager vers la gueule béante du requin banquier-conseiller qui va me faire signer pour l’obtention d’un nouveau produit bancaire qui va servir ses intérêts financier, bien évidemment. Je n’ai pas peur. Dans son bureau, je serais tel le poisson pilote qui tourne autour du requin, grappille tout ce qu’il peut sur lui et ne se fait jamais happer par les mâchoires carnassières. Sauf que j’oublie que le poisson pilote est toléré par le requin ; ils vivent en symbiose. Tandis que moi, je n’ai rien à grappiller auprès de lui. Dans le présent cas, c’est le conseiller-monstro-bancaire, qui plus que me tolérer, m’amène à lui pour détourner dans sa veines bancaire le peu de fluide monétaire que ma situation génère. Qu’importe, l’essentiel est de quitter l’agence sans rien avoir signé. Ce ne doit pas être si compliqué.
Arrivé à l’accueil, l’agence est petite, sereine, bien meublée et bien équipée avec du matériel et du mobilier qui paraissent de bonne qualité. L’endroit est confortable et agréable sans être cossu. Je suis rapidement annoncé. Au fond d’un court couloir, je discerne la haute silhouette de monsieur Fangeux costumé comme un banquier.
Je m’avance vers lui pour lui serrer la main et il m’invite à rentrer dans l’un des quelques bureaux. En y pénétrant, la lourde atmosphère surchauffée qui y règne me colle immédiatement au visage qui doit rougir instantanément et qui ne va pas tarder à perler de sueur comme dans un sauna. Sous le coup de la bouffée de chaleur, J’enlève prestement ma veste en expirant bruyamment une chaude bouffée d’air qui me semble vaporeuse. Monsieur Fangeux s’en rend compte et ne se passe pas d’une anodine remarque à ce propos. Je ne suis pas dupe, il s’agit certainement d’une mesure volontaire destinée à endormir, assommer le client afin de mieux le déconseiller et le plumer. Pourvu qu’il ne me propose pas à boire. Lui, il a l’air à l’aise, autant qu’on puisse avoir l’air à l’aise dans l’impeccable et triste costume gris qui semble lui faire office d’enveloppe charnelle. Installé en face de moi, sur un ton calme et posé, le requin gris m’explique qu’il faut que je lui dresse un petit bilan de ma situation de vie actuelle afin qu’il puisse me proposer les alternatives les plus avantageuses.
C’est l’occasion pour lui de noter qu’à trente deux ans, je suis célibataire, sans emplois depuis que j’ai été licencié de mon poste de professeur des écoles il y a six mois, ce qui me permet de bénéficier pendant un an et demi encore de mille euros d’Assedic par mois. Enfin, j’ai fermé mon compte courant dans leur banque, depuis deux ans et demi, pour en ouvrir un dans une autre banque qui me proposait de très intéressants avantages. Voilà qui est fait, j’aime être précis et je n’ai pas grand-chose à cacher. C’est maintenant que va commencer, le véritable travail du prédateur (n’oublions pas que l’homme en est un). Il va essayer de m’appâter avec ses produits bancaires puis de me ferrer, c'est-à-dire de me faire signer. Mais même s’il a réussit à m’amorcer jusqu’ici, j’ai un avantage certain sur lui car je n’ai aucun goût pour les quelconques leurres bancaire qu’il peut me proposer. Et comme un poisson dans l’eau, je suis prêt à écouter stoïquement tout son boniment.
Monsieur Fangeux est méthodique. IL m’annonce donc que l’on va traiter un point après l’autre. En premier lieu, mon PEL, dont le taux d’intérêt a baissé depuis quelques mois. Il me propose de transférer cet argent sur un nouveau type de placement récemment crée par leur banque et qui s’appelle triangle orange ou rond vermillon ; je ne sais plus. Ce dont je me rappelle, c’est que son taux d’intérêt est plus élevé d’environ 0,30% que celui de mon PEL. Ma réaction manque sans doute d’enthousiasme et pour cause 0,30% cela me parait minable. De plus je suis soupçonneux, car même si mon pêcheur de pigeon m’affirme que le transfert est absolument gratuit, mon intuition me dit qu’il est bien capable d’omettre des frais annexes quelconques. Des frais qui portent sans doute un nom à dormir à la cave et qui doivent être prélevé par un mécanisme aussi compliqué que celui qui permettrait d’accéder à la cave où se trouvent les coffres de cette banque. Mettent-ils encore l’argent dans les coffres d’une cave ? Qu’importe je n’ai pas envie de l’interroger ni à propos des frais ni à propos d’hypothétiques coffres dans une cave. Il faut que je reste attentif au cas où ça deviendrait compliqué. Pour le moment, je suis installé, impassible, j’essaye de ne laisse rien laisser transparaître de mon désintérêt et c’est à ce moment que mon adversaire se lance dans une admirable série de manœuvres qu’il me commente en temps réel.
Rapide comme un coup de canon, il se saisit d’une calculatrice astucieusement placée à porté de sa ma main et effectue un calcul qu’il m’énonce tout haut : « Donc, 4,85 % de 18 000 euros, cela nous fait … ».
Je pense qu’il a la touche pourcentage sur la calculatrice sinon il n’aurait pas effectué le calcul aussi vite. N’avais-je pas dit que cette banque est équipée de matériel de qualité. De plus les employés savent le manier avec dextérité et coordination. En effet, monsieur Fangeux place la calculatrice sous mes yeux, d’un geste ample et suffisamment lent pour avoir le temps de me dire : « Regardez ce que vous gagneriez chaque année en suivant mon conseil ! Je vous laisse lire le résultat. »
Atterré, et opinant du chef, je bredouille : « 388 euros »
- Eh, oui monsieur Schmitt ! En plaçant cet argent comme je vous le conseille vous aurez 388 euros garantie à la fin d’une année et cela sans rien faire !
J’ai envie de réagir mais je ne bronche pas et lui non plus comme s’il ne s’était rien passé ! Et pourtant !! Soit ce type n’est jamais allé à l’école, soit il a déjà oublié que j’ai été professeur à l’école. A moins que mon licenciement ne le laisse soupçonner que je n’ais pas assimilé l’essentiel du programme. Si c’est le cas il a pris un risque, mais il ne le saura pas parce que je n’ai pas envie de jouer au professeur et de l’humilier pour qu’il résolve correctement ce petit problème. C'est-à-dire, calculer les intérêts gagnés en un an avec le même argent placé sur mon PEL et ensuite soustraire cette somme des intérêts qu’il a calculé auparavant. Ceux que je pourrais éventuellement gagner avec son polygone jaune. Ce qui doit faire une vingtaine d’euros dirais-je. Beaucoup d’entre vous se diront que ce genre de petites manœuvres, que peut utiliser un monsieur Fangeux, n’ont rien de bien méchant et qu’elles sont utilisées si fréquemment qu’elles font parties de modi operandi depuis longtemps éventé, trop facile à déceler, pour qu’une personne un tant soit peu avisée et attentive s’y laisse prendre. Mais alors, je me pose une question : « Si c’est le cas comment se fait-il que je rencontre tant de professionnelle qui y ont recours ? ». Ce que je me demande aussi c’est: « pourquoi je ne bronche pas ? ». J’aimerais bien savoir ce que vous faîtes vous dans un tel cas. Est ce que : Vous hurler au foutage de gueule ? Vous vous moquez de lui ? Vous interrompez l’entretien et quittez la banque ? Vous allez voir le patron pour lui révéler l’incompétence de son employé ? Ou bien, vous lui expliquez charitablement ou avec condescendance qu’il se trompe ? Moi je ne bronche pas. Je ne sais pas si c’est parce que suis trop timide, parce que je suis trop gentil ou bien trop atterré et que je me sens impuissant ou encore indifférent.
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