Hirsute, les expressions libres et énervées

Internet est essentiellement la possibilité des rencontres entre des êtres/néants, généralement effrayés par les colères, bouleversés par la liberté et terrorisés par les violences verbales... Ne cherchons pas à écrire.
 
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 Interview de Christophe Siébert, alias Konsstrukt

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MessageSujet: Interview de Christophe Siébert, alias Konsstrukt   Jeu 28 Juin - 23:35

Rapidement, en ce début d'interrogatoire, ton état civil! Nom, prénom, cursus, naissance, tout ce bordel quoi...

---> je m'appelle Christophe Siébert, j'ai un cursus de merde (deux ans de fac, dix ans de chômage, en ce moment j'essaie d'être pigiste), je suis né en 74.

1 - Tu sévis sous le pseudo konsstrukt sur Internet... Explique-moi ce que ça signifie...

---> j'ai tartiné une vingtaine de pages imbitables là-dessus, mais, en gros, konsstrukt était le nom que je voulais donner à mon collectif, avant de me rendre compte que j'étais tout seul dedans. Plus tard, d'ailleurs, c'est devenu un vrai collectif (qui entre dans sa vitesse de croisière en ce moment). konsstrukt, c'est un terme qui vient à la fois de la kabbale et du jeu de rôle (argh), et c'est une sorte de variante du golem, à ceci près que ce golem-là ne fonctionne pas, il est tout à fait mal branlé et il risque de tomber en morceaux tous les trois pas. Je trouvais (et je trouve toujours) que c'est un nom approprié pour dénommer un collectif qui n'a aucune direction, qui n'est qu'un ramassis d'individus dont l'unique point commun est, et bien, de faire partie de ce collectif.

2 - Tu mets énormément de textes sur ArtSolid totalement marqués par la violence, le sexe (dans le sens "pure baise" du terme) et autres phobies post-ados. Tu as un style saccadé, sans consession. Tu associes des idées qui, généralement, provoquent de la répugnance dans la tête des lecteurs... LA question sera donc aussi conne que ce qui précède. Mais où tu vas comme ça? (Développe un peu!)

---> déjà, je ne crois pas que la violence et le sexe, ou leurs associations plus ou moins névrotiques, soient des phobies post-ado. Je crois, au contraire, que la violence (réprimée) et le sexe (mal foutu), c'est ce qui sert de point commun à 90% des gens. J'écris pour eux, héhéhé. c'est ce que disait Artaud : j'écris pour les muets et les morts. Moi, j'écris pour les névrosés de tous poils, j'écris pour décrire une souffrance qui affecte beaucoup de gens : l'impossibilité d'assouvir ses pulsions les plus stupides, et le déni que la société en fait. Dans mes fictions, mes personnages sont soit dévorés par ce déni et cette impossibilité de passer à l'acte, soit se laissent aller et vont jusqu'au bout de leur échec. Je ne pense que mes idées soient répugnantes. Elles le sont superficiellement. Mais, au bout du compte, celui qui réfléchit dix secondes se rend compte qu'elles sont à la fois banales et familières, ces idées. Ce sont celles des protagonistes du journal de vingt heures. et Ce sont celles de tout le monde, à un niveau plus ou moins enfouis.

Donc, où je vais comme ça ? J'en sais rien. Je me suis rendu compte récemment (aujourd'hui, en fait), que ce que je voulais faire, sur un plan technique, c'est un roman totalement immersif et pas du tout psychologique, et j'en suis encore un peu éloigné. Je veux écrire un bouquin qui parte d'un type normal, que ce type dérive vers les pires atrocités, et que le passage soit à la fois inexpliqué et tout à fait normal et compréhensible. Et je veux que le lecteur s'identifie à ce naufrage. Voilà ce que je veux. Peut-être avec le prochain. Il va s'appeler paranoïa, il y aura un type qui converse avec le caca des autres, et qui projette de faire exploser Benoît 16.

3 - Tu écris depuis combien de temps, à quelle fréquence? As-tu toujours écrit dans ce style et sur ces thèmes?

---> J'écris depuis que j'ai douze-treize ans. Au début, j'écrivais des nouvelles inspirées de lovecraft (enfin, je croyais, mais j'avais pas encore lu lovecraft, c'était juste un mot de passe de rôliste), en réalité c'était du gore bien rouge. J'écris dans ce registre plus intime et avec cette forme très directe et immersive depuis les mouches mortes, qui est mon premier bouquin d'adulte qui sait écrire. Mon premier roman d'écrivain, quoi. je l'ai écrit, j'avais vingt-cinq ans, je crois.

4 - Peux-tu, grosso modo, détailler tes différentes publications?

---> Ah bin ça va être vite torché : en librairie, un roman (j'ai peur) édité à la Musardine, et la participation à un recueil collectif (raison basse) sorti aux éditions Caméras Animales. Tout le reste est disponible sur mon site, en pdf, et dans les dix ans à venir sera en librairie et puis au pilon.

5 - Ton roman est axé sur les "pratiques" sexuelles d'un internaute... Il est vrai qu'en y réfléchissant un peu, le sexe "réel" s'avère quasiment inutile pour un libidineux absolu. Il peut assouvir frénétiquement ses pulsions sans jamais mettre personne en danger... Il peut vivre son activité de bête féroce en toute quiétude. Ne crois-tu pas que la sexualité de l'internaute, c'est la fin de la lutte sexuelle entre les vivants?

---> Je ne crois pas qu'il y ait une lutte sexuelle. Enfin moi, je ne vis pas les choses comme ça, de mon côté du sexe. Enfin, quand je lis Houellebecq, je trouve ça juste, mais ça ne correspond pas à ce que j'observe, moi. Ceci dit, un vrai libidineux ne s'en tient pas à internet. Le héros de j'ai peur n'est pas libidineux. Sinon, il irait davantage aux putes. Et puis, ne mettre personne en danger, c'est vite dit. Les vidéos de viol qu'il se tape vers la fin, tout de même, elles existent. Le viol est sûrement réel. Il répond peut-être aux lois de l'offre et de la demande. Dès qu'il y a du vivant qui intéragit avec du vivant, il y a du danger. Les pulsions de ce pauvre gars sont plus narcissiques que libidinales. Il veut être le centre du monde. Et il a trouvé de biais pour y parvenir, mais évidemment c'est un échec. Encore une fois, il ferait bien mieux d'aller aux putes.


6 - Tu interviens sur un certain nombre de forums. Sans doute es-tu en quête de notoriété, fébrilement tu cherches à te faire un nom... Je pense que ces forums (et particulièrement le forum Technikart) se prêtent parfaitement à ta façon d'écrire. LE "format" de tes textes colle idéalement au "public" du net qui est lâche, agressif, prétentieux, sans visage (évidemment), décomplexé et mal cultivé (culture littéraire hybride cantonnée aux auteurs speed, culture pop/rock, etc.). Ne penses-tu pas que le lectorat du net n'est autre qu'un gros handicap pour celui qui écrit? Ne crois-tu pas que les écrivains punkoïdes tels que toi doivent sortir de ce monde beaucoup étriqué que ce que l'on en dit?

---> Oui, je suis en quête de notoriété. Je ne sais pas, en revanche, si internet se prête à mon style, ou si internet a façonné mon style, ou si les gens se sont adaptés à cette façon de faire ; j'en sais rien. Quant au public, il est très varié. Il va du stéréotype que tu décris à des vieux cultivés, à des gens très chouettes, des jeunes filles, des vieilles veuves, des gens normaux, des gens qui bossent, des drogués, etc. Il y a même des gens très cultivés sur internet, et de parfaits crétins dont tu te demandes comment ils ont réussi à se connecter. Il y a aussi quelques flics, quelques pervers, quelques maboules. Mon public, je le sais parce qu'il communique pas mal avec moi, est un subtil mélange de tout ça.

7 - Sur quel projet bosses-tu en ce moment? Cherches-tu à collaborer, à rencontrer, ou reste-tu dans "ton coin"?

---> En ce moment, je bosse sur un remix des mouches mortes (qui va s'appeler je suis un pute) et que je vais proposer à la Musardine ; sinon je prends des notes pour le machin dont je t'ai parlé plus haut ; je fais des lectures de temps en temps, et j'ai des projets de cd liés à ça (mais c'est super vague) ; j'ai trouvé un boulot de pigiste, et voilà. Et je ne cherche à collaborer avec personne, ni à rencontrer personne à part des éditeurs et des gens qui peuvent me faire tourner pour des lectures. Autrement, je ne collabore qu'avec le collectif konsstrukt et c'est tout.


Pour en savoir plus sur le trublion, c'est ici: http://www.konsstrukt.blogspot.com/

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